Leroy MAXEY: the drummer without solo (2/2)

Leroy MAXEY (1904- ?),
batteur dans l'orchestre de 1929 à octobre 1938

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Seconde partie sur la vie du batteur Leroy MAXEY, premier batteur dans l'orchestre de Cab Calloway de l'époque des Missourians jusqu'à son éviction éclair en octobre 1938 par Cozy COLE. La faute à Gene Krupa mais aussi à bien d'autres circonstances.

La première partie de la biographie s'arrêtait à l'admiration que semblait porter Leroy Maxey à son chef. Voyons comment il s'estimait lui-même...


Un séducteur obsédé par son look

Apparemment, il faisait également fort attention à son apparence, s'habillant – comme Cab – avec les meilleurs costumes. Un jour, raconte Cab dans son autobiographie, il avait passé un temps fou à se pomponner avant un concert, au point qu'il arriva sur scène au dernier moment. Quand les lumières s’allumèrent, tout le monde s’aperçut qu’il avait carrément forcé la dose en poudre de riz, au point d’apparaître comme un pierrot lunaire… aux mains noires ! Lui qui dévorait les dictionnaires afin de placer un maximum de vocabulaire dans les conversations auprès des dames, il fut sûrement à court d'arguments.

 

Un séducteur, un peu trop séducteur et une épouse carrément mythomane

Lorsqu’en janvier 1936 le journal Baltimore Afro American publie un long article sur Leroy Maxey, ce n’est pas pour parler de sa technique de jeu mais plutôt de ses péripéties amoureuses… En effet, pendant que l’orchestre séjournait à Hollywood pour le tournage de The Singing Kid, Leroy Maxey avait été aperçu au bras d’une donzelle se faisant appeler Mme Maxey, tandis que la « vraie » madame Sadie Maxey était restée à New York !

Si je m’y attarde, c’est que l’histoire vaut son pesant de cacahouètes et dépasse le cadre conjugal, même si Mme Maxey (l'authentique) affirme avoir fait tout cela par amour pour son mari !

Fille de M. et Mme Treadwell de Flushing, Long Island, Sadie Treadwell avait joué dans la revue de Lew Leslie « Dixie To Broadway » où Florence Mills s’était illustrée. C’est à cette époque qu’elle rencontra Leroy Maxey alors membre des Robinson’s Syncopators à St Louis. D’après les dires de l’épouse trompée, c’est grâce à son influence que l’orchestre fut 

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embauché au Cotton Club en bénéficiant d’une substantielle augmentation (passant de 40 à 100 $ par semaine). Quelque 

temps après, l’orchestre se serait mis en grève pour réclamer 50 $ d’augmentation. Irving Mills aurait alors réussi à le faire remplacer par le groupe de Duke Ellington jouant jusqu'à présent dans un petit club. Sans boulot, le « Cotton Club Orchestra » prit alors le nom de Missourians jusqu’à l’arrivée de Cab. Mais une fois encore, en 1927, grâce à ses contacts newyorkais, Sadie Maxey serait parvenue à faire entrer l’orchestre dans la revue « Africana » d’Earl Dancer, avec Ethel Waters.

Peu de temps après, Leroy Maxey aurait écrit au dos de son contrat de mariage, « Je ne veux plus de mon épouse Sadie Maxey ». Pour autant, c’est le père de la reniée qui paya tout de même la facture de 3 000 $ pour le nouveau et clinquant jeu de batterie que venait de s’offrir Leroy...

Délaissée par celui qui l’avait reniée en tant qu’épouse, Sadie porta plainte et obtint le versement d’une pension de 15 $ sur les 100 $ de salaire hebdomadaire de Maxey (une coquette somme à l’époque). Il faut dire qu’elle avait quelques autres couleuvres à avaler, la première d’entre elles étant une facture de 600 $ pour frais dentaires pour son mari absent !

Le pire fut tout de même de voir dans les journaux de la côte Ouest un article indiquant que son mari était au bras d’une autre comédienne de Harlem se faisant passer pour elle ! Elle envoya alors des télégrammes incendiaires à Leroy qui démentit…

Je ne sais malheureusement pas la suite de l’histoire au retour d’Hollywood, mais tout porte à croire que Leroy Maxey dut avoir un beau comité d’accueil ! Et malgré la réputation de Don Juan de Cab Calloway, je ne suis pas certain qu’il apprécia ce type de publicité.

 

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La section rythmique de Cab Calloway en 1937 :
Morris White (g), Bennie Payne (p), Leroy Maxey (d) et Milt Hinton (b)

De Chu à Cozy, en passant par Gene

Chacun sait que l’arrivée de Chu Berry (ts) dans l’orchestre de Cab Calloway bouleversa les données et les musiciens les plus anciens du groupe furent les premiers bousculés dans leurs habitudes. Milt Hinton a maintes fois raconté que les anciens des Missourians se contentaient de jouer leurs partitions sans jamais s’ouvrir à ce qui se faisait de nouveau ou allez faire le bœuf avec les musiciens du coin lors des tournées. C’est sans doute ce qui finit par condamner Leroy Maxey, peut-être trop occupé à gérer ses affaires de cœur…

Pivot de la section rythmique, Leroy Maxey avait déjà vu partir tout d’abord et très rapidement Jimmy Smith (tu et b) en mars 1932 (remplacé par Al Morgan puis Milt Hinton).  Le guitariste Morris White avait été viré en décembre 1937.

Malgré tout, Chu Berry qui venait d’arriver chez Cab en juillet 1937 invita Leroy Maxey comme batteur lors de l’une de ses sessions personnelles dont il avait le secret le 10 septembre 1937. Cela pouvait donner des merveilles, mais aussi parfois des choses moins « spectaculaires ». Toujours est-il qu’entouré d’Irving Randolph (tp) Keg Johnson (tb) Chu Berry (ts) Bennie Payne (p, vcl) Danny Barker (g) Milt Hinton (b), tous membres de l’orchestre de Cab, Chu Berry enregistra 3 titres : Chu Berry Jam, My Secret Love Affair (bp vcl) et Ebb Tide. Dans son formidable livret du coffret Mosaic consacré à Chu Berry, Loren Schoenberg explique qu’il semble montrer une incapacité à jouer en petite formation (comme Benny Payne d’ailleurs dont le jeu au piano est alors trop lourd).

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Une des rares photos de l'orchestre avec Chu Berry et Leroy Maxey
(collection Leon Dierckx)

 

Le sort a-t-il donc été jeté ce jour-là pour Leroy Maxey aux yeux de Chu Berry ? Sans doute en partie lorsqu’on connaît l’influence incroyable qu’avait le grand ténor sur Cab. Mais ça n’est pas tout. Il fallait peut-être un prétexte…

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On est en effet à l’époque où Benny Goodman et d’autres se mirent à jouer en petites formations. S’il y avait d’un côté Gene Krupa, Lionel Hampton et Teddy Wilson (voir photo ci-contre), Cab Calloway ne pouvait se permettre d’en faire moins. Et il avait de quoi relever le défi : ses musiciens étaient parmi les meilleurs du moment.

Mais jouer en petite formation exige d’autres aptitudes que le big band. Le solos de Gene Krupa devenaient légendaires : Cab voulait les mêmes !

 

Il semblerait donc qu’un soir au cours d’un spectacle juste après avoir vu le fameux Gene Krupa, Cab demanda à Leroy Maxey d’entreprendre un solo. Malheur ! Milt Hinton disait de

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lui qu’il ne faisait rien d’autre que son train-rain quotidien et ne se frottait jamais à d’autres musiciens lors des tournées. Ledit solo de Maxey fut à la hauteur de son goût pour la nouveauté : Cab fut obligé de reprendre le chant en plein milieu.

Le soir même, Leroy Maxey était viré sur le champ et Cozy COLE était engagé. Et avec Milt Hinton à la basse et Danny Barker à la guitare, la section rythmique allait être capable d’affronter les autres big bands avec succès et allait pouvoir également s’afficher en petite formation (les fameux Cab Jivers).

La collaboration de Cozy Cole avec Calloway s’acheva lorsque Cole rejoignit les rangs de l’armée en 1943.

 N’oublions pas qu’être batteur dans l’orchestre de Cab Calloway signifiait être là pour apporter tout le support nécessaire au musiciens et aux danseurs (c’était l’époque où l’on dansait sur le jazz…), aux chorus girls du Cotton Club comme aux numéros de variété qui émaillaient les spectacles en tournées. Les solos-exhibitions très « show off » étaient l’apanage de Gene Krupa (qui ne laissaient d’ailleurs pas beaucoup de place aux autres musiciens).

La dernière session enregistrée par Maxey chez Cab (et d’ailleurs l’ultime de toute sa carrière) date du 27 octobre 1938. Do You Wanna Jump, Children?, I'm Madly In Love With You, April In My Heart et Blue Interlude furent gravés.

C’est en tout cas moins d’une semaine plus tard que Cozy Cole entre en studio. Comme vous le constatez, les événements furent fulgurants. En imaginant que Cole ait eu un peu de temps pour s’acoquiner avec l’orchestre, c’est tout de même rapide ! Qui plus est, la session d’enregistrement du 2 novembre avait sans doute été prévue avant la décision de Calloway. Cozy Cole fit donc vraiment le remplacement au pied levé !

 

« Du balai ! », l’angoisse du batteur renvoyé…

Apparemment, après son éviction subite de chez Calloway, Leroy Maxey n’enregistra plus avec aucun orchestre et l’on perd sa trace très rapidement (en Californie où il semblait encore vivant dans les années 80 ?…), au point d’ignorer les circonstances de sa mort, même si certains parlent de problèmes de santé l’ayant obligé à quitter le monde du show business à la fin des années 30. Il se serait d’ailleurs retiré plusieurs années à Flint dans le Michigan.

Plusieurs témoignages parlent d’ailleurs de dépressions profondes qui ont suivi le départ de plusieurs musiciens de l’orchestre de Calloway. Dans le cas de Leroy Maxey, il y avait effectivement de quoi : le salaire, la célébrité, les succès féminins… tout cela se solda sans doute par des dettes, des pensions alimentaires et un grand vide.

Raison de plus pour rendre tout de même hommage à Leroy Maxey, dont le « Missourian groove » mâtiné d’accents indiens fut la pulsation rythmique chez Cab Calloway pendant près de 10 ans et contribua également au succès de l’ensemble.

Pour nous consoler, voici deux vidéos dans lesquelles Leroy Maxey apparaît :

 


 


NDLR : malgré de nombreuses recherches (et merci à Claude Carrière d’avoir aussi essayé !), je n’ai pu ni localiser ni dater le décès de Leroy Maxey. Si vous avez plus d’informations que moi, n’hésitez pas à les partager…

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