Leroy MAXEY: the drummer without solo (1/2)

Leroy MAXEY (1904-1987),
batteur dans l'orchestre de 1929 à octobre 1938


A la manière du premier pianiste de Cab, Earres Prince, le batteur Leroy MAXEY vit dans l'ombre de son successeur. Et pourtant, Leroy 'Cash’ Maxey était depuis longtemps le batteur des Missourians lorsque Cab s’imposa à la tête de cet orchestre. Il est depuis reconnu par les historiens du jazz comme un batteur classique notable pour son usage de la pédale de grosse caisse et de sa technique « four-to-the-floor ».

The Hi de Ho Blog va vous raconter ce qu’il sait sur celui qui fut une petite vedette en son temps, grand séducteur (quasi-bigame qui plus est !) qui fut viré du jour au lendemain par Cab sous prétexte qu’il ne savait pas (plus ?) faire de solo…

 

Des marching bands au Missourians

Né à Kansas City, Missouri, le 6 juin 1904, sans doute métis indien, Leroy Maxey a suivi une éducation musicale auprès du professeur Clark Smith au lycée de Kansas City, en même que ses copains (et futurs collègues chez Cab), E.B. DePriest Wheeler (tb), Lammar Wright (tp), Jimmy Smith (tub) mais aussi d’autres musiciens de la première génération de jazzmen de Kansas City.

Cela se concrétisa notamment par des concerts au sein de marching bands puis le jeune Leroy fit ses premières armes (ou baguettes) dans l’orchestre de Dave LEWIS.

MAXEY chez Dave Lewis Jazz Boys avec Wheeler et MAxey.jpg
Leroy Maxey au sein du Dave Lewis (as) orchestra,
avec notamment E.B. De Priest Wheeler (tb)
(photo en provenance du fabuleux site de l'université de Kansas City)

Originaire de Chicago, le saxophoniste Dave Lewis fut l’un des premiers chefs d’orchestre jazz de Kansas avec les Jazz Boys, entre 1917 et 1920. L’orchestre qui comptait 7 musiciens comprenait entre autres Leroy Maxey aux drums et au xylophone, E.B. DePriest Wheeler au trombone, Dave Lewis à l'alto sax, William Thornton Blue à la clarinette, Walter Page (b). Ses principaux engagements étaient au Lyric Hall et à la McHugh Dance Academy, une grande salle de spectacle réservée aux Blancs. Apparemment, le patron de l’académie de danse demanda à Lewis d’intégrer un second saxophone comme il venait de la voir ailleurs mais Lewis refusa, prétextant que cela nuirait à l’homogénéité sonore du groupe. Déprimé, Dave Lewis reprit la route de Chicago.

Leroy Maxey passa donc par l’orchestre de Leon Basket, mais c’est à partir du moment où il intégra les Wilson Robinson Syncopators en 1923 qu’il commença à connaître le succès. Wilson ROBINSON était un violoniste originaire de St Louis qui avait su rassembler autour de lui DePriest Wheeler* (tb), Earres Prince* (p), Andrew Brown* (cl), Eli Logan et Davy Jones (sax), Louis Metcalf, R.Q. Dickerson* (tp), Andy Preer (v), Jimmy Smith* (b) et le batteur Benny Washington. Ce dernier fut vite remplacé par Leroy Maxey qui faisait déjà sensation dans la région (NDLR : tous les noms suivis d’un astérisque avec Cab Calloway). L’orchestre alternait d’une saison sur l’autre les tournées des vaudevilles Pantages sur la côte Ouest des USA et le circuit des théâtres Orpheum sur la côte Est.

Andy Preer orch.jpg
L'orchestre d'Andy Preer

Wilson fut évincé par Smith et Dickerson pour des raisons d’augmentation non honorée. En 1925, le groupe se transforma en orchestre d’Andy Preer puis en Cotton Club Orchestra à New York (toujours avec Andy Preer à la tête) puis en Missourians (quand le chef mourut brutalement). C’est alors que Cab Calloway entre en scène. Et là, vous connaissez la suite de l’histoire (sinon on vous la raconte notamment ici) !

 

The Missourians orchestra
Les Missourians AVANT Cab Calloway

 

Une belle gueule contre une grande !

Comment s’est passée la prise de pouvoir de Cab sur les Missourians ? On peut continuer de spéculer longtemps. Toujours est-il qu’il n’est pas difficile d’imaginer que les Missourians formaient un groupe assez soudé qui se connaissait depuis le lycée pour nombre d’entre eux. N’oublions pas que Cab Calloway avait lui-même été batteur (voir notre article) et qu’il était très influencé par Chick Webb, figure montante des drums. Et une belle gueule comme Maxey auréolée de ses premiers succès a certainement eu du mal à s’accommoder du nouveau chef…

 

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The Missourians AVEC Cab Calloway !

 

 

Les percussions et tambours de Maxey : un véritable instrument publicitaire !

Petit, mince et à la peau sombre, Leroy Maxey est décrit par Cab dans son autobiographie comme quelqu’un de particulièrement attentif à son look et un redoutable maniaque, astiquant sans cesse ses tambours, peaux et caisses. Il obéissait ainsi à l’exigence de propreté du Colonel (surnom que les musiciens avaient donné à Cab). Il faut dire que Leroy était une sorte de vedette de l’orchestre avec son équipement sophistiqué, complètement calqué sur celui de Sonny Greer, le batteur d’Ellington. L’anecdote veut qu’un mafieux ait offert son équipement clinquant à Greer alors qu’il jouait au Cotton Club, et qu’il y en avait pour plus de 3 000 $ ! Du coup, tous les batteurs voulaient la même chose, à commencer par Maxey.

 

 

 

Toutefois, lorsque l’on voit Maxey lancer ses baguettes pendant tout le morceau de Minnie The Moocher en générique du dessin-animé de Betty Boop (1932), il n’a pas encore tout son attirail ! Mais en 1934, dans les publicités pour la marque de tambours et percussions Leedy publiées à l’occasion des concerts au Palladium de Londres, notre ami Maxey est plutôt bien entouré. De même dans les photos publicitaires pour les retransmissions des concerts de Cab sur CBS en 1936, les timbales, cloches tubulaires et autres gongs dessinent l’horizon de l’orchestre.

MAXEY Leedy Drums pub 1934.jpg
Publicité parue dans Melody Maker quelques semaines
avant l'arrivée de l'orchestre de Cab Calloway en Angleterre (mars 1934)

Voici en tout cas ce qu’écrivit Leroy Maxey en personne, à la demande du journal Tune Times qui avait sponsorisé un des concerts londoniens :

« Il y a deux instruments de première importance qui permettent d’établir et garder le tempo. Ce sont le piano et la batterie. Tous deux entretiennent la cadence. Et dans un ensemble comme le nôtre, que ce soit pour les danseurs ou les enregistrements, le tempo est sacrément nécessaire.
J’aimerais également répondre aux commentaires de certains critiques qui estiment que mon équipement comporte trop de gadgets et que je ne les aligne que pour faire beau plutôt que pour leurs qualités sonores. C’est vrai dans une certaine mesure puisqu’un ensemble complet de timbales, vibraphones, cloches, etc., est déjà un beau spectacle pour les yeux. Mais je veux insister sur le fait que chacun des instruments de mon équipement a une fonction musicale définie ; que tous sont utiles et nécessaires ; et que certaines nuances ne pourraient être obtenues dans certains titres sans cet équipement complet. Laissez à d’autres l’angoisse d’être pris de court – ce que je veux, c’est être capable de répondre à tout instant aux besoins de l’orchestre. »

On notera toutefois que Maxey changea d'équipement au cours de a tournée de l'orchestre au Royaume-Uni, passant de Leedy à Premier. Ah, la toute-puissance de la publicité...

Maxey Premier pub 1934 2.jpg

« Un showman consciencieux »

Si l’on peut regretter le manque de détails dans la presse américaine sur le travail de Leroy Maxey au sein de l’orchestre de Cab, on peut au contraire louer la presse européenne qui relata précisément les concerts donnés au printemps 1934 et qui donnent force informations sur le jeu des musiciens de Harlem en visite dans la vieille Europe. En voici quelques extraits consacrés au batteur vedette souvent remarqué (mais moins toutefois que le bassiste Al Morgan) :

Dans une critique du concert de Bruxelles :

« Le Roy (sic) Maxey sait atteindre à une force de tonnerre et à une légèreté qui confine au murmure. »

Dans Candide sur les concerts de Paris :

« Le monsieur de la batterie ne cesse de lancer ses baguettes en l’air » (dans l’article de Jean Fayard au titre amusant : « Bob Calloway – Jazz torride »)

Dans Jazz Tango Dancing (H.H NIESEN Jr sur les concerts de Hollande)

« Mais la meilleure chose de l’orchestre est la section rythmique, ce qui n’est pas fait pour surprendre avec des vedettes telles qu’Al. Morgan et Maxey. Si vous avez eu la bonne fortune d’entendre la version de Dinah, qui dure vingt minutes, et dans laquelle Maxey et Al. Morgan prennent chacun environ quatre chorus en solo, vous aurez très bien pu étudier le jeu de ces deux musiciens, jeu fantastique, vous pouvez m’en croire ! »

« Celui-ci (Al Morgan) est aussi spectaculaire, de même que Maxey, qui a l’air parfois d’une sorte de démon et dont le rythme sur la caisse claire, la cymbale et les timbales entraîne irrésistiblement l’orchestre, particulièrement dans les chorus de la fin. »

« Les merveilleuses qualités de cette section rythmique sont la beauté de son timbre, la manière intelligente de nuancer et, naturellement, son magnifique swing plein d’aisance. »

A noter que l’auteur indique un autre surnom que ‘Cash’ à Maxey, Leroy ‘Froggy’ Maxey.

1934 Orchestre 2.jpg
L'orchestre, tel qu'il apparut en Europe en 1934
(Leroy Maxey est le 2e à partir de la droite).

 

Dans Jazz Tango Dancing (N.J. Canetti sur les concerts parisiens)

« Leroy Maxey est un drummer supérieur à la moyenne et, avec cela, un showman consciencieux. » (à noter : Canetti semble détester la manière de chanter et de conduire de Cab Calloway !).

Seule critique négative, celle de Pierre Laurent dans le magazine belge Music, dans un article consacré au concert du 24 avril à Paris : « Le drummer Lerroy (sic) Maxey qui fera plus de gestes que de bon travail. »

Autre témoignage d’époque intéressant, un programme de concert de 1936 présentant tous les musiciens de l'orchestre Calloway et notamment le batteur :

“Leroy MAXEY – « Cash » - Drums. Born in Kansas City, Missouri, June 6, 1904. Studied under Major N. Clark Smith. Played previously in the Dave Lewis Band in Kansas City and the Lon Basket Band. Prefers the fast fox trot type of music because it gives him the opportunity of setting the “swing” rhythm. Has utmost respect for his leader.”

 

 


Dans le prochain article,
nous verrons que l'admiration n'était pas totalement réciproque.
Mais le chef Cab avait peut-être ses raisons...


 

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