BENNY PAYNE: the friendly pianist (part 1)

Même si beaucoup de musiciens ont glosé sur la routine de jouer avec Cab et son incapacité à laisser ses solistes suffisamment s’exprimer, on doit tout de même reconnaître que de nombreux pupitres sont restés occupés par les mêmes personnes de nombreuses années. Et en tout premier lieu par Benny PAYNE, le pianiste de Cab de juillet 1931 (première date d’enregistrement) à fin 1943 (son départ à l’armée).

 

Benny PAYNE

Benjamin ‘Benny’ PAYNE (1907-1986)

 
 

Même si Benny Payne est reconnu pour sa carrière aux côtés de Cab Calloway, force est de reconnaître qu’il connut une activité artistique non négligeable avant et après.

 

Né à Philadelphie (Pennsylvanie), Benjamin Payne débuta au piano à l’âge de 12 ans. Très vite, son talent lui permit d’être l’organiste d’une église de sa ville. Dès 19 ans, il est professionnel et joue avec l’orchestre local de Wilbur SWEATMAN (célèbre pour avoir, en 1917, été le premier à enregistrer sous le nom jass band) en 1928. Il accompagne la chanteuse Elisabeth WELCH, qui joue dans la comédie musicale Blackbirds of 1928.

En 1929, il est le pianiste de la comédie musicale Blackbirds of 1929 (tout augmente !) et part même en tournée en Europe.
 
Benny Payne est ensuite engagé pour être le pianiste de remplacement de Fats WALLER dans le cadre de la comédie musicale à succès, Hot Chocolates. Il faut dire que Fats était si souvent saoul qu’il fallait bien quelqu’un sur qui compter...

Remarqué par Fats WALLER – qui lui aurait donné des leçons personnelles – il enregistre même avec lui deux duos de piano en mars 1930. En fait, Benny Payne remplaça tout simplement Jelly Roll Morton qui était parti plus tôt que prévu des studios Victor où il venait d'enregistrer. "Reste dans le coin fiston, avait dit Fats Waller, et je vais te montrer comment ramasser un peu d'argent !" Cette session ne fit pas la fortune de Benny mais le plaça sous le feu des projecteurs.
 
 

Benny Payne et Fats WallerBenny Payne et Fats Waller

Pour écouter les morceaux, cliquez sur chaque photo.

 

 
 
 
 

"Je te promets qu’un jour tu seras le pianiste de mon orchestre !"

 
 

C’est à ce moment-là que Benny et Cab se rencontrent puisque Cab a été engagé dans le rôle du jeune premier par Louis ARMSTRONG. Un mois après l’arrivée de Cab dans Hot Chocolates (qui, rappelons-le connaissait un tel succès qu’elle était jouée dans deux théâtres le même soir, un à Manhattan, un autre au Connie’s Inn de Harlem), la revue partit en tournée : Philadelphie, Boston et la Côte Est. Louis Armstrong et Fats Waller restant à Paris, Benny remplaça Fats pour de bon. Durant la tournée, Benny et Cab ne tardèrent pas à devenir amis, puisque dans chaque ville, ils logeaient dans la même pension. Après les spectacles, d’ailleurs, ils jouaient le soir dans les cafés autour du théâtre, histoire d’arrondir leur cachet. Leur amitié et le plaisir qu’ils avaient à être ensemble sur scène firent dire à Cab : « Je te promets qu’un jour tu seras le pianiste de mon orchestre ! »…

Quelques semaines plus tard, Cab se vit proposer de prendre la tête des Missourians. Benny et Cab furent alors séparés, mais pas pour très longtemps.

 
 

Promesse tenue !

En effet, quelques mois seulement après avoir été engagé au Cotton Club, Cab fit venir son bon ami Benny et, le 9 juillet 1931, ils enregistrent leurs premiers morceaux ensemble : It Looks Like Susie, Sweet Georgia Brown, Basin Street Blues.

 

Entretemps, on notera que Benny Payne avait tout de même enregistré (en tant que chanteur et 2e pianiste) avec Duke Ellington et ses Washingtonians, le 10 décembre 1930 et le 14 janvier 1931, dans Rocking Chair.

 
 


Benny Payne remplaça le pianiste Earres PRINCE (un ancien des Missourians) dans l’orchestre de Cab. De fait, Princes ne connut plus jamais vraiment la gloire après cette éviction (voir la biographie que nous lui avons consacrée).

 

Benny Payne et Cab Calloway
La vie de l'orchestre vue du piano...
 

Dans l’autobiographie de Cab Calloway, Of Minnie The Moocher & Me, Benny Payne témoigne de sa carrière au sein de l’orchestre. Il y décrit son amitié fidèle, malgré les engueulades et les nombreux paris perdus ensemble. Durant les tournées, Benny Payne voyageait souvent dans la voiture personnelle de Cab.

 

À lire Benny Payne, la vie de l’orchestre se faisait beaucoup au rythme des cuites prises ensemble ! Et sur ce point, Payne semble avoir de très nombreux souvenirs… comme dans le domaine des jeux de cartes, paris aux dés, et courses de chevaux.

 

Il nous informe également de la manière dont se déroulaient les répétitions de l’orchestre, lorsque Benny CARTER ou Buster HARDING menaient les séances. Pendant ce temps-là, Cab restait assis sur le côté, fumant comme un sapeur, une bouteille de whisky à portée de main.

Des toutes ses années passées aux côtés de Cab, Benny garde le souvenir des différents musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres : Walter Foots THOMAS, Andy GIBSON (auxquels nous consacrerons prochainement une note) et notamment Dizzy GILLESPIE (et la fameuse histoire de la boulette de papier qui conduisit au renvoi de Gillespie – promis plusieurs notes y seront consacrées !). Il était d’ailleurs tout à fait insensible aux tentatives musicales du boppeur en herbe et ne participa jamais aux séances dans lesquelles Dizzy entraînait Hinton, Cole ou encore Barker, soit toute la section rythmique de l’orchestre de Cab.

 
 


Jusqu’à son départ pour l’armée, Benny Payne fut un des piliers essentiels de l’orchestre de Cab. D’ailleurs, sur la période 1931-1943 qui vit d’impressionnants turn-overs, Benny resta d’une stabilité marmoréenne.

 

Cela eut certainement quelques conséquences sur son caractère et son attitude vis-à-vis des autres musiciens de l’orchestre. On le disait taciturne et d’ailleurs il portait toujours un couteau sur lui. Il faut dire qu’avec les épreuves qui les attendaient lors des tournées dans le Sud et l’agression raciste dont il avait été victime, il y avait de quoi se méfier !

 

 

L'homme de toutes les sections rythmiques.

 

Musicalement parlant, Benny Payne fut le lien permanent pour Cab dans la section rythmique :

  • Côté batterie, il s’accommoda de Leroy Maxey, Cozy Cole, J.-C. Heard et Panama Francis.
  • Côté contrebasse, Milt Hinton succéda à Al Morgan en 1935.
  • Et à la guitare, après Morris White, ce fut Danny Barker qui gratta les cordes à ses côtés.

Malgré sa fidélité, Benny Payne était en retrait et c’est plus souvent Walter Foots THOMAS (saxophoniste) qui était le « straw man » de Cab quand ce dernier n’était pas là. Benny écrivit pourtant de nombreux arrangements pour l’orchestre et sa réputation s’était faite sur sa capacité à écrire pour les numéros de tap dance.

 

Benny Payne fit pourtant très peu de solos. Il s’employait parfois au celesta qu’il jouait avec beaucoup de légèreté. Pourtant, Gavin Bushnell (saxophoniste dans l’orchestre entre 1935 et 1937), estime qu’il appuyait trop sur les quatre temps et que l’on n’entendait jamais le travail délicat du guitariste Morris White.

Appelé sous les drapeaux fin 1943, Benny Payne quitte l’orchestre pour jouer dans ceux de l’armée. Il intègre le campement militaire Jefferson Barracks à Saint-Louis, MO en janvier 1944.


Dans une prochaine note,
nous découvrirons comment Benny Payne a réagi lors de son retour
et comment il poursuivit sa carrière de pianiste, sans Cab...

 

 

 

Pour prolonger cette note :

 
  • Première séance avec Cab en juillet 1931
  • Ecoutez le titre ci-dessous avec un duo vocal étonnant entre Cab et Bennie Payne :
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